Limonov vu par Sergueï Chargounov

Déc. 2013 - Sergueï Chargounov à la présentation du livre de Limonov, "Apologie des Tchouktches" - Voir à la page "Ses livres 2000 - 2017"

 TEXTE DE SERGUEÏ CHARGOUNOV POUR LES 70 ANS DE LIMONOV.    

 

Paru dans la LITERATOURNAYA GAZETA.    

  

          INDÉPENDAMMENT DE L'ÂGE 

 J'ai été étrangement lié toute ma vie avec Edouard Limonov.
 

Je n'étais pas encore né, il n'avait pas quitté le pays dans les années 70,  quand il allait chez mes parents, sur le Quai Frounzeskaïa. 

Et quelque part dans la maison voisine vivait Elena Schapova, celle qui deviendrait sa deuxième femme, l'inspiratrice de son premier roman. ("Le poète russe préfère les grands nègres")

 

Limonov, à l'époque jeune homme aux cheveux bouclés, voyait aussi Anastasia Tsvetaeva, (la soeur de la poétesse Marina Tsvetaeva), très croyante, qui était l'une des meilleures amies de mon père. 

 

Ensuite, Limonov a émigré, et le destin a fait que c'est son ancienne femme, Anna Rubinstein, qui est venue voir mon pére, pour lui demander conseil, au niveau pastoral. Anna, inconsolable, qui  s'est  mise à envoyer quantité de lettres à Limonov, depuis Kharkov, où elle était retournée. 

 

Quand j'ai eu dix ou onze ans, en 1990 ou 91, j'ai découvert des poèmes touchants :  «Ici, je vais à la plage ...», «Je suis toujours avec vous ..." Je les ai lu chez la chanteuse Svetlana  Bachurina, l'épouse du célèbre poète, qui furent des amis proches de Limonov et d'Elena , et qui faisaient circuler les poèmes, en les tapant sur leur  machine à écrire. 


 

A treize ans, à l'automne de 1993, je me suis enfui de la maison pour aller sur les barricades, au moment du siège du Parlement, à Moscou.

 

J'ai erré parmi la foule, et soudain, au milieu des incendies, dans la fumée, je suis tombé sur  Limonov, en tenue de camouflage, avec ses grandes lunettes, repérable de loin. Il avait déja combattu dans plusieurs guerres, et était de retour au pays. 

 


En 1994, il a créé le parti national-bolchévique, qui avait son siège,  --le "Bunker"--  sur la rue Frounzeskaïa : une cave sous le poste de police, là où j'ai eu plus tard mon premier  passeport. 

 

Je n'ai pas rejoint le parti de Limonov, mais j'ai lu le journal LIMONKA, dès le premier numéro, fin 94, et j'ai commencé à aller à ses conférences hebdomadaires, au Bunker, le siège du parti.

 

Pour moi, c'était comme une rencontre littéraire avec un écrivain déja classique : je me souviens par exemple,  pour la Journée de la Nation, il avait expliqué, en détail, comment utiliser les enseignements du passé pour les luttes présentes.

 

   Tout récemment j'ai retrouvé des photos où l'on me voit, au Bunker, avec mon sac d'écolier sur les épaules. 

Sergueï Chargounov

 

  En même temps, à cette époque je lisais tous ses livres : ses romans, ses nouvelles, sa poésie, ses essais, ses écrits journalistiques.

 

Tout cela était hallucinant pour un garçon de quinze ans. Et ça vous transportait...

 

 

Parce que Limonov est un révolutionnaire dans la littérature. Parce qu'il n'a peur de personne, et qu'il ose être lui-même. Quand on l'a bien lu, on est définitivement  connecté au monde, à l'univers,  on se sent indestructible. 

 

Et quel genre de personnes il a forgé !   

Il a accueilli les plus audacieux, les plus sincères, les plus doués.

Les meilleures personnes et mes amis,  je les  ai presque tous rencontrés chez  Limonov.  


Quand il est allé dans l'Altaï,  parmi ses «partisans», il y avait mon cousin, Oleg Chargounov, qui habite à Ekaterinburg.  

En 2001, Edouard a été arrêté dans l'Altaï, et accusé de préparer le soulèvement de la population russe, dans le nord du Kazakhstan ...

2002 - Sergueï Chargounov, lors du procès d'Edouard Limonov, à Saratov. A ses côtés, Nastya, la fiancée punkette de Limonov, lisant le journal LIMONKA.

 

 

 

J'ai eu la chance de pouvoir assister à son procès, à Saratov... 

 

 

 

 


J'apprécie le contact avec Edouard. Je suis très heureux d'être en lien avec lui. Parfois, je vais à son anniversaire, ou il vient au mien.  

La dernière fois, il m'a donné son livre  "Illuminations" avec la dédicace : « A un homme qui ne nous a jamais trahi." 

 

Non, il n'a pas 70 ans ! Mais alors, combien ? ... me direz vous.

 On s'en moque ! 

 Limonov est toujours jeune, parce qu'il continue à attirer la jeunesse. 


  C'est comme une pierre lumineuse, un artiste original et féroce.

C'est le plus cool des organisateurs politiques ; un philosophe qui pose les questions essentielles ; et un penseur social d'une étonnante profondeur. 

 

Il a toujours été guidé par un sentiment de justice. 

Il est sensible et honnête quand il met en garde l'intelligentsia russe, qui selon lui, s'aligne sans réfléchir sur les pires valeurs d'un ultra libéralisme destructeur.  

Sensible et honnête, avec toute sa dureté dans ses analyses politiques, aujourd'hui, quand il dissèque le pouvoir et l'opposition libérale.

 
  En raison de son talent et de son intégrité, il est certainement l'homme politique le plus gênant, le plus détesté par les uns et les autres. 

Mais pour toutes ces raisons, il est immortel.

                                                                        Sergueï Chargounov 

 

Paru dans la LITERATOURNAYA GAZETA.   -   Février 2013

  http://old.lgz.ru/article/20983/ 

 

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Sergueï Chargounov

Sergueï Chargounov est sans doute, après Zakhar Prilepine, l'écrivain russe le plus influent de la jeune génération.

 

Il est aussi le fondateur du site d'information, Свободная пресса (Presse libre), très suivi en Russie.

 

Il est né en 1980 à Moscou.

 

Son pére est un dignitaire de l'église orthodoxe, déja actif à l'époque soviétique.

 

       Sergueï Chargounov a également joué un rôle politique important il y a quelques années : il était le responsable Jeunesse du parti de centre gauche "Russie Juste", une organisation financée en secret par le Kremlin.

 Il allait devenir député en 2007, quand Poutine en personne, l'a fait évincer. Chargounov avait en effet dénoncé les manoeuvres du pouvoir pour créer une opposition à la botte. 

 

Sergueï Chargounov a été élu député en septembre 2016. Il s'était présenté comme indépendant sous les couleurs du parti communiste, dans la région de l'Altaï.

Une interview où il explique pourquoi il se présente sur une liste communiste : (en russe, mais on comprend l'essentiel avec Google Trad)

http://politsib.ru/news/88735

2007 - Garry Kasparov et Sergueï Chargounov.

 En 2001, à 21 ans, Chargounov avait eu le Prix Début, pour son premier livre, "L'enfant puni". Il avait fait sensation en annonçant, en direct,  qu'il allait envoyer l'argent du Prix à Edouard Limonov, alors en prison.

 

              L'un des principaux ouvrages de Sergueï Chargounov,     "LIVRE SANS PHOTOGRAPHIES" est paru dans sa traduction française, le 24 septembre 2015, aux Editions La Différence.

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Beaucoup plus de résultats sur le net en orthographiant le nom de Chargounov à l'anglaise : Shargunov

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Lire un extrait  de LIVRE SANS PHOTOGRAPHIES

 

 

Critique du livre : 

http://www.humanite.fr/serguei-chargounov-fils-de-pope-et-nostalgique-589464 

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                              A LIRE ABSOLUMENT

 

"J'ai rencontré Chargounov dans un bar à Moscou"

 

 

L'excellent témoignage d'un jeune français plutôt libertaire qui a passé un mois à Moscou en mars 2017.

 

Il a rencontré par hasard Sergueï Chargounov dans un bar "antifa" de Moscou. Il a longuement discuté avec lui, et l'a revu.

 

En lisant ce témoignage, on perçoit combien il est difficile pour un français de comprendre la Russie d'aujourd'hui. 

     Extraits de ce texte passionnant

 

Tout commence pour moi par une rencontre hasardeuse dans un bar "antifa" de Moscou (oui, cela existe) avec le député Sergueï Chargounov, poète (en fait écrivain et journaliste)  et ami d’Edouard Limonov, rencontre ponctuée de discussions – politiques évidemment. 

L’ambiance est à la fois électrique par l’alcoolémie de certains et plutôt calme par les lumières tamisées et le vide relatif du bar. Dans son costard étriqué, Sergueï sort de la Douma après une longue journée et vient se détendre un coup, en présence de la jeunesse « marginale » moscovite. Il me l’annonce d’entrée, comme une blague, en desserrant sa cravate.

Pourtant, ce jeune député de 36 ans ne fait pas tâche dans ce lieu, avec sa mine joviale, son sourire allongé et ses yeux pétillants. C’est lui qui m’accoste, m’entendant discuter en anglais avec mon amie.

Coup de chance pour moi, lorsque je me rends par hasard dans ce même bar une semaine plus tard, je me retrouve nez à nez avec lui. Nous nous toisons, égarés par ce hasard étrange (il me dira plus tard qu’il me suspecte automatiquement d’être un espion) et éclatons de rire.

 

Il faut le dire, nos discussions sont assez décousues. Chargounov, tout en s’intéressant grandement à mon histoire familiale – notamment à mes ancêtres : cosaques et russes blancs ayant fui l’URSS – me renvoie constamment à ma position de « jeune européen occidental » dès que j’essaye de me montrer critique face au régime russe et plus largement à la logique de représentation politique.

 

C’est quelque chose qu’il faut relever d’ailleurs, tant les russes que j’ai rencontré, tout en montrant un certain intérêt à l’égard de la France et de l’Occident en général, me mettaient rapidement dans la case du « petit con européen ».

Facile, c’est vrai, mais assez révélateur d’une opinion répandue – même chez les jeunes gauchistes – selon laquelle l’Europe et sa population ne sont en soi pas particulièrement des alliés.     ...///... 

 

Moscou est une ville de contradiction, mais en dépit du goût amer que cela laisse en bouche, elle surprend toujours par son honnêteté surprenante. On peut passer d’une embrouille avec un gangster, qui hurle que la France est envahie par les noirs et les homosexuels, à une soirée gay dans un club mythique où l’ambiance n’est pas du tout agressive (et cela en cinq minutes). Déterminer un jugement sur l’état d’un pays par un séjour d’un mois dans sa capitale semble dès lors particulièrement audacieux.

 

Document révélateur à lire complètement (bien que les propos sur Limonov démontrent une méconnaissance du sujet)

https://lundi.am/Vision-de-Russie 

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CE SITE EST CONSACRÉ A EDOUARD LIMONOV (et ses disciples)

Il actualise le livre d'Emmanuel Carrère, avec photos et vidéos rares, et quantité d'informations inédites (2017) 

Voir la 1ère page, très complète, ici : 

     http://www.tout-sur-limonov.fr

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2013 - Edouard Limonov interviewé par Sergueï Chargounov.

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2015 - Sergueï Chargounov témoigne, de retour du Donbass. (Utiliser la traduction automatique : on comprend pas mal de choses)

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A la Maison de la Poésie, à Paris : 

RENCONTRE LE VENDREDI 5 FÉVRIER 2016 - 19H00

               "LES ENFANTS DE LIMONOV" :          ZAKHAR PRILEPINE et SERGUEÏ CHARGOUNOV     En dialogue avec Marie-Hélène Corréard & Monique Slodzian.       

 VOIR ICI :

 http://www.tout-sur-limonov.fr/412678061

 

22 décembre 2015 - Zakhar Prilepine et Sergueï Chargounov à Moscou    

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Les blogueurs ou twitteurs qui jugeraient ce site intéressant peuvent évidemment le signaler et reprendre toute information qui leur semblera utile.

 

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Pour vos réflexions et critiques :        tout.sur.limonov@gmail.com