LIMONOV, UN GRAND POLÉMISTE

L'écrivain Thierry Marignac, toujours aussi réactif :

"Je me suis amusé à traduire un article tout récent de Limonov sur la médiacratie. Il est très intéressant comme toujours, grâce à la simplicité déconcertante d'Édouard, sa faculté de résumer un phénomène, et d'en faire quelque chose de percutant"

Voir aussi l'excellent blog de Marignac : ANTIFIXION 

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LE SOULÈVEMENT DES JOURNALISTES

 

              Édouard Limonov, 10 mars 2017 

 

Traduit du russe par Thierry Marignac 

 

 

Le phénomène des « fausses nouvelles » est une première dans l’Histoire de l’humanité… Bon, il y avait des reportages bidon, des canulars… On peut y inclure l’émission de radio où Orson Welles a lu le premier  chapitre de La Guerre des mondes de Herbert Wells, que ses contemporains avaient pris pour l’annonce d’une invasion de Martiens.

 

Mais dans l’ensemble le Quatrième Pouvoir connaissait sa place ou informait avec plus ou moins d’obéissance la société sur les évènements en cours sur la planète. C’est vrai, le président Nixon a tout de même été renversé par deux journalistes.

 

À présent nous n’entendons plus parler que de fausses nouvelles. Le premier à nous informer a été le nouveau président des Etats-Unis Donald Trump. Il a accusé la chaîne de télévision CNN, l’influent journal New York Times et encore toute une série de médias américains de communiquer de fausses nouvelles à la société.

 

Même si on ne s’en tient qu’à la sphère des relations russo-américaines, combien de fois n’a-t-on pas entendu parler des liens du personnel de Trump avec l’ambassadeur de Russie aux Etats-Unis Kisliak.

Les collaborateurs de Trump auraient été en contact permanent avec Kisliak et Trump lui-même l’aurait personnellement rencontré (la dernière des fausses nouvelles). Ah, ce Kisliak , ils en ont fait un démon tout-puissant.

 

L’appareil de Trump a démenti l’information sur la rencontre Trump-Kisliak. Et ces rencontres complètement routinières entre les collaborateurs actuels de Trump et l’ambassade russe, soit, n’ont pas eu lieu, soit, elles ont eu lieu avant que ces gens ne deviennent fonctionnaires de la nouvelle administration présidentielle.

 

L’accusation lancée contre la Russie d’être entrée par effraction dans la boîte postale électronique du Parti Démocrate et par là d’avoir joué un rôle dans les élections n’est pas seulement rotée après le repas par des journalistes cossards. Elle est répandue dans tous les coins, d’un quelconque Sacramento Chronicle californien jusqu’à un journal de l’État du Maine : le Maine Herald.

 

Le journalisme américain, qui, depuis la Deuxième Guerre mondiale était considéré comme un étalon de sérieux et de méticulosité. (le Journaliste américain, en costume à revers et chapeau, un éternel crayon à la main, appareil photo et cigare à la bouche servait de monument symbolique à la véracité de l’information), en à peine une saison s’est changé en son contraire. Ils sont psychiquement instables et ils mentent.

 

C’est à leur suite que les journalistes français ont eux perdu la boule et le sens de la vérité. Les scandales orientés vers la discréditation des candidats à la présidence Marine Le Pen et François Fillon — témoignent non pas simplement de préférences ou d’aversions politiques, mais d’une fracture tectonique dans le cœur de ces gens. Si l’aversion de la majorité des journalistes libéraux envers Marine le Pen (progéniture d’une famille d’extrême-droite, elle-même représentant une idéologie d’extrême-droite) se comprend, de quoi ce pauvre Fillon est-il coupable ? Pourquoi persécute-t-on un politicien bourgeois tout à fait traditionnel ?

 

Pourquoi ?

 

Parce qu’ils se sont soulevés. La classe des journalistes contre le monde contemporain.

 

Il y a longtemps qu’ils ont la sensation de leur puissance. À la Convention révolutionnaire on trouvait de nombreux journalistes : Hébert, Jacques Roux, Robespierre, Desmoulins… Et je n’en nomme que quelques-uns. Ils eurent une puissante influence sur les événements.

 

Ici à Moscou, dans nos manifestations du Bolot, oui, il y avait quelques dames en vison, mais au fond, ces manifs étaient dirigées par des journalistes : les gens de la radio « L’Écho de Moscou », Parkhomenko l’inspiré, derrière lequel se cachait l’éminence grise Venediktov. Les gens de « L’Écho » ont un petit peu servi les protestations. Et encore le critique musical Arthème Trostki, l’animatrice Lazareva, le journaliste Vladimir Pryjkov… Et combien d’autres…

 

Passons rapidement — il ne s’agit que d’étayer cette thèse avec des preuves contemporaines — Et, en chemin, remarquons que la Russie fait partie du monde contemporain et que les processus qui y sont à l’œuvre ne nous sont pas étrangers.

 

Aux Etats-Unis, les médias de façon quasi unanime (Fox News et quelques autres journaux sont des exceptions) se sont rebellés contre le président élu légalement (en accord avec les lois américaines) au mépris de la volonté du peuple des Etats-Unis, qui l’avait choisi et de la Constitution. Les médias américains se conduisent d’une façon inédite jusqu’à ce jour.

 

Il ne s’agit pas d’une révolte exclusivement dirigée contre le régime Trump. Le phénomène est plus large et plus profond : c’est la révolte de la classe internationale des journalistes contre les politiciens, les États et les peuples. Ce qui est confirmé par le soulèvement des journalistes français à la suite des Américains.

 

C’est l’origine des fausses nouvelles. Le fait que chez les fournisseurs d’informations surgisse l’envie de remplacer celle-ci par les caillots de leur haine des leaders, des États, des peuples — on s’y attendait.

 

Et voilà, nous y sommes.

 

 

Quelle est leur orientation ? Quel est leur idéal ?

 

C’est vers le passé qu’ils s’orientent, un passé vieux d’une génération.

 

En effet, l’engagement des médias américains saute aux yeux. En faveur de quel camp sont-ils engagés ? Au premier regard, celui de Clinton.

 

Mais, il ne s’agit que d’une petite partie de la vérité. En réalité les médias américains libéraux (et non pas un ou deux médias américains, le journalisme est la profession la plus libérale qui soit !…) sont engagés dans le camp de la psychologie, de la morale, et du climat spirituel de leurs familles, engagés dans les traditions des familles libérales.

Ils se sont engagés pour les vues politiques de leurs parents. C’est à dire que leur révolution est une rétro-révolution. Ils ne veulent pas du nouveau, de l’intraitable et du désagréable, ils veulent le monde de leurs parents. Et leurs parents n’étaient pas nos personnages à chapeaux et cigares. Ceux-là, c’étaient leurs grands-parents. Et leurs parents étaient des gens en poncho, en tee-shirts colorés, les enfants des fleurs, Make love, not war.

 

À présent, leur révolution éclate au grand jour. Ils considèrent qu’ils n’ont plus besoin des leaders, plus besoin du peuple lui-même. Pour quoi faire, tout ça ?

 

Contrôlant les courants de l’information, ils savent  tout mieux que tout le monde, comment et où doit aller le monde. Ils en sont persuadés.

 

Je suis absolument certain de cette explication du soulèvement des journalistes.

 

C’est une révolte mondiale des journalistes. Selon toute probabilité elle subira un échec : elle sera écrasée par les États et les peuples.

 

Mais elle a commencé et se déroule en ce moment-même.

 

Ce n’est pas seulement contre Trump ou Le Pen (et en même temps contre Fillon, on aura tout vu !), c’est une révolution pour eux-mêmes et leurs objectifs !…

                                             Edouard Limonov, 10 mars 2017

                                                (Traduction : Thierry Marignac)

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CE SITE EST CONSACRÉ A EDOUARD LIMONOV 

Il actualise le livre d'Emmanuel Carrère, avec photos et vidéos rares, et quantité d'informations inédites (2017) 

Voir la 1ère page, très complète, ici : 

 http://www.tout-sur-limonov.fr